Artiste : ARMAN

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Arman (Armand Fernandez), né en 1926 à Nice, est l’une des figures majeures du Nouveau Réalisme. D’abord formé aux Arts Décoratifs puis à l’École du Louvre, il développe une œuvre centrée sur notre rapport aux objets, leurs traces, leur accumulation et leur destruction. Son travail est aujourd’hui exposé dans les plus grands musées internationaux.

ARMAN

La naissance du Nouveau Réalisme (1960)

Au début des années 1950, Arman commence à signer ses œuvres de son nom complet avant d’adopter définitivement le pseudonyme « Arman », en hommage à Van Gogh. D’abord influencé par Poliakoff et Nicolas de Staël, il s’inscrit dans une peinture abstraite où la matière, la couleur et le geste occupent une place centrale. Cette période marque les fondations de son langage artistique.

L’année 1960 constitue un tournant majeur dans sa vie. Arman signe alors le manifeste du Nouveau Réalisme aux côtés d’Yves Klein, Martial Raysse, Jean Tinguely et d’autres artistes guidés par la volonté de redéfinir la perception du réel dans l’art contemporain. Ce mouvement, théorisé par Pierre Restany, propose une nouvelle approche fondée sur la confrontation directe avec les objets et le monde matériel. Arman s’empare de cette proposition avec une radicalité singulière.

Il développe alors des gestes fondateurs qui deviendront emblématiques de son œuvre. Les accumulations, les destructions, les combustions ou encore les violons calcinés traduisent sa fascination pour l’objet, non pas en tant que sujet représenté, mais en tant qu’entité à part entière. L’objet n’est plus peint ou interprété : il est utilisé, manipulé, brisé, incrusté. Il devient la matière première de l’œuvre.

Cette décennie, rythmée par l’écriture du manifeste, les premières expositions collectives et les expérimentations autour des objets, permet à Arman de s’affirmer comme l’un des artistes les plus audacieux de sa génération. Son travail, visible aujourd’hui dans les plus grandes institutions comme le Metropolitan Museum of Art de New York ou la Tate Gallery de Londres, trouve ses racines dans cette période essentielle où il transforme définitivement sa pratique et repousse les limites de la création.

Traces, objets, empreintes

Arman naît dans un environnement où l’art et la musique occupent une place privilégiée. Fils d’un antiquaire passionné de violoncelle, il développe dès son enfance une sensibilité particulière pour l’objet, pour sa forme, son histoire et ce qu’il révèle de notre rapport au monde. Cette fascination traverse toute son œuvre. Les objets deviennent témoins de la vie quotidienne, symboles de notre société d’abondance, fragments d’une mémoire collective en constante mutation.

À ses débuts, Arman explore une peinture abstraite fortement inspirée de Poliakoff et de Staël, mais c’est lorsqu’il commence à manipuler directement les objets qu’il trouve sa véritable voie. Alors qu’il travaille dans la boutique de meubles de son père, il expérimente avec des tampons encreurs pour créer des empreintes répétitives, étendant parfois la toile au sol et tournant autour d’elle pour capter le mouvement du geste. Cette façon de travailler annonce déjà son intérêt pour la trace, l’impact et le parcours de l’objet.

À la fin des années 1950, les premières « Allures d’objets » voient le jour. Arman enduit des objets de peinture – violons, poupées, ustensiles médicaux – avant de les faire glisser ou rouler sur la surface de la toile. L’objet devient alors un outil pictural, une extension de la main qui imprime son passage sur la surface. Cette approche se rapproche de la gestualité de l’expressionnisme abstrait américain, en particulier de Jackson Pollock, dont le PDF présente une œuvre en référence directe. Comme Pollock, Arman accepte l’imprévisible, laisse la matière jaillir et le geste s’inscrire, mais il y ajoute la présence physique de l’objet et son sens.

L’œuvre d’Arman met en lumière la fragilité de notre rapport aux objets, leur surabondance dans la société moderne et ce qu’ils disent de nous lorsque nous les utilisons, les accumulons ou les détruisons. Dans ses « colères », il brise ou brûle l’objet pour en révéler l’essence. Dans ses accumulations, il en montre la répétition obsessionnelle. Dans ses empreintes, il saisit la trace de leur passage, comme un instant capturé. Pierre Restany résumera parfaitement cette dimension en affirmant que les traces d’Arman ne sont que « l’effet indirect de la main d’un homme », soulignant la puissance expressive de l’objet lorsqu’il devient geste, matière et mémoire.

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