Traces, objets, empreintes
Arman naît dans un environnement où l’art et la musique occupent une place privilégiée. Fils d’un antiquaire passionné de violoncelle, il développe dès son enfance une sensibilité particulière pour l’objet, pour sa forme, son histoire et ce qu’il révèle de notre rapport au monde. Cette fascination traverse toute son œuvre. Les objets deviennent témoins de la vie quotidienne, symboles de notre société d’abondance, fragments d’une mémoire collective en constante mutation.
À ses débuts, Arman explore une peinture abstraite fortement inspirée de Poliakoff et de Staël, mais c’est lorsqu’il commence à manipuler directement les objets qu’il trouve sa véritable voie. Alors qu’il travaille dans la boutique de meubles de son père, il expérimente avec des tampons encreurs pour créer des empreintes répétitives, étendant parfois la toile au sol et tournant autour d’elle pour capter le mouvement du geste. Cette façon de travailler annonce déjà son intérêt pour la trace, l’impact et le parcours de l’objet.
À la fin des années 1950, les premières « Allures d’objets » voient le jour. Arman enduit des objets de peinture – violons, poupées, ustensiles médicaux – avant de les faire glisser ou rouler sur la surface de la toile. L’objet devient alors un outil pictural, une extension de la main qui imprime son passage sur la surface. Cette approche se rapproche de la gestualité de l’expressionnisme abstrait américain, en particulier de Jackson Pollock, dont le PDF présente une œuvre en référence directe. Comme Pollock, Arman accepte l’imprévisible, laisse la matière jaillir et le geste s’inscrire, mais il y ajoute la présence physique de l’objet et son sens.
L’œuvre d’Arman met en lumière la fragilité de notre rapport aux objets, leur surabondance dans la société moderne et ce qu’ils disent de nous lorsque nous les utilisons, les accumulons ou les détruisons. Dans ses « colères », il brise ou brûle l’objet pour en révéler l’essence. Dans ses accumulations, il en montre la répétition obsessionnelle. Dans ses empreintes, il saisit la trace de leur passage, comme un instant capturé. Pierre Restany résumera parfaitement cette dimension en affirmant que les traces d’Arman ne sont que « l’effet indirect de la main d’un homme », soulignant la puissance expressive de l’objet lorsqu’il devient geste, matière et mémoire.